Le Scaphandre et le Papillon — Julian Schnabel

Premier ciné-club Cadré! × AFCS : une soirée autour du Scaphandre et le Papillon

Vendredi 13 décembre, Cadré! a inauguré sa série de ciné-clubs en partenariat avec l’AFCS (Association Française des Cadreurs et Cadreuses de Steadicam). Pour cette première édition, nous avons eu l’honneur de présenter Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel au Cinéma Grand Action, en présence de Berto, cadreur du film.

Sorti en 2007 et primé à Cannes pour sa mise en scène, le film de Julian Schnabel s’est imposé comme une référence en matière de caméra subjective. Adapté du récit autobiographique de Jean-Dominique Bauby, il plonge le spectateur dans l’expérience du locked-in syndrome à travers un dispositif formel audacieux où le cadre devient l’expression même du point de vue entravé.

 

Un dispositif technique au service de la narration

La projection a permis de redécouvrir cette œuvre qui fait du point de vue subjectif bien plus qu’un effet : un véritable langage cinématographique. Le directeur de la photographie Janusz Kamiński et son équipe ont développé des solutions techniques innovantes pour traduire l’altération de la perception du personnage : optiques modifiées, optiques tilt/shift, effet de main devant l’objectif…

L’échange qui a suivi avec Berto, cadreur du film, et acteur essentiel de cette image, a enrichi notre compréhension de ces choix formels. « Sur Le Scaphandre et le Papillon, le cadre n’était jamais confortable, a-t-il confié. Il fallait accepter de perdre des repères habituels : une image imparfaite, un axe contraint, une mise au point instable. Tout ce que l’on cherche normalement à corriger devenait ici un outil de narration. »

 

La caméra est d’autant plus ici un geste presque chorégraphique, étroitement lié au jeu, au rythme de la scène, des dialogues de Mathieu Almaric. Berto a également mis en lumière le travail du pointeur Olivier Fortin, dont la contribution a été déterminante. Dans un film où la mise au point accompagne l’état intérieur du personnage plutôt que de sécuriser la lisibilité de l’image, les variations de netteté et les choix de mise au point deviennent des éléments narratifs à part entière, traduisant l’effort et la fragilité du regard. 

Une puissance émotionnelle portée par un casting remarquable

Revoir le film en salle a rappelé à quel point cette radicalité formelle ne s’oppose jamais à l’émotion, au contraire. 

Au-delà de sa prouesse technique, le film touche par son intensité émotionnelle. Mathieu Amalric incarne avec une justesse bouleversante Jean-Dominique Bauby, entouré d’un casting exceptionnel où brillent notamment Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze, Anne Consigny et Max von Sydow. Cette émotion incroyable naît de la rencontre entre l’interprétation sensible des comédiens et le dispositif formel radical qui nous place littéralement dans le regard et la conscience du personnage. On n’observe pas le personnage de l’extérieur : on est coincé avec lui, dans son œil, dans sa tête. Et c’est précisément cette contrainte qui rend le film si bouleversant. 

Une reconnaissance professionnelle unanime

À sa sortie, Le Scaphandre et le Papillon a été unanimement salué par la critique internationale et par la profession. La presse évoquait alors « une expérience sensorielle unique » (Le Monde), « une audace formelle exceptionnelle » (Télérama), ou encore « one of the most inventive uses of subjective camera in modern cinema » (The Guardian).

Le film a aussi été nommé aux ASC Awards 2007 (Outstanding Achievement in Cinematography), consacrant un travail d’image considéré comme l’un des plus audacieux de sa génération.

Ce premier rendez-vous commun avec l’AFCS marque le début d’une belle collaboration. Ces ciné-clubs incarnent notre volonté de créer des espaces de transmission et de réflexion collective autour de notre métier, où le dialogue sur les pratiques de cadre et de mouvement caméra peut se déployer pleinement.

Rendez-vous bientôt pour la prochaine édition !